Réaménager les hôpitaux pour accueillir plus de patients de la COVID-19

Les salles d’opération sont un endroit idéal pour isoler des patients atteints de la COVID-19.

 

En raison de la pandémie de COVID-19, de nombreuses directions d’hôpitaux cherchent des moyens d’accroître la quantité d’espaces pouvant accueillir des patients atteints de la maladie et d’autres en observation.

La société American Society for Healthcare Engineering (ASHE) a créé une page de ressources qui traite d’éléments essentiels, par exemple la qualité de l’air et la prévention des infections, afin de soutenir les professionnels des établissements de soins de santé dans leurs efforts de lutte contre la COVID-19. Cette page mise en place par l’ASHE a incité notre équipe de concepteurs d’établissements de soins de santé à s’intéresser aux espaces dont les hôpitaux ont besoin pour traiter les patients atteints de la COVID-19.

Bien qu’on se tourne actuellement vers certains grands lieux (arénas, centres de congrès, etc.) pour traiter les malades de la COVID-19, il existe encore des espaces existants dans les hôpitaux qui pourraient être convertis pour rapidement prendre en charge plusieurs de ces malades. De toute évidence, le milieu hospitalier est le meilleur endroit à la fois pour les patients et le personnel soignant.

Partout dans le monde, on tente d’accroître rapidement le nombre de chambres d’hôpital pouvant accueillir des malades de la COVID-19. À titre de membre de l’équipe Stantec d’intervention en milieu hospitalier en réponse à la COVID-19 et spécialiste chevronné des pratiques d’isolement dans les hôpitaux, j’aimerais aborder des solutions déjà développées et approuvées par les agences réglementaires qui peuvent être mises en œuvre par les hôpitaux.

 

 

Convertir des salles d’opération

Dans de nombreux hôpitaux, la conversion des salles d’opération et des unités de soins ambulatoires est une solution prometteuse pour bénéficier immédiatement de lieux pour traiter les patients atteints de la COVID-19.  Les salles d’opération sont actuellement sous-utilisées en raison du report des interventions chirurgicales non urgentes. Ces salles répondent déjà aux exigences en matière de ventilation et de pression d’air. Elles peuvent être converties en chambre double d’isolement : le matériel d’anesthésie déjà présent dans ces salles pourrait répondre aux besoins de ventilation d’un patient, et il suffirait d’ajouter un ventilateur pulmonaire pour le deuxième patient.

Les salles d’opération sont généralement munies de bras articulés qui peuvent être utilisés pour l’installation d’écran de plastique entre les lits des patients. Ainsi, ces salles pourraient accueillir plus d’un patient ayant le même diagnostic et nécessitant l’isolement.

 

Systèmes de traitement de l’air

Toutefois, dans ces salles d’opération existantes, l’air doit être maintenu à une pression négative et filtré par un filtre HEPA. Si l’établissement n’est pas muni d’une unité centrale de traitement de l’air avec batterie de filtres HEPA, il peut être nécessaire d’installer un filtre HEPA sur la grille de retour d’air de la salle d’opération afin d’éliminer les aérosols produits par les traitements d’aspiration et d’éviter la propagation du virus dans le système d’évacuation d’air et ailleurs dans le bâtiment. Il est fort probable que l’établissement possède déjà des filtres HEPA ou puisse s’en procurer par l’entremise d’entrepreneurs ou des entreprises responsables des essais et de l’équilibrage du système de chauffage, ventilation et de conditionnement d’air. 

De manière plus générale, les hôpitaux auront besoin de quatre catégories d’espaces pour pouvoir assurer tous les soins aux malades de la COVID-19 durant la pandémie :

1. Espaces pour les malades de la COVID-19 ayant besoin d’assistance respiratoire. Selon l’ASHE, les chambres d’isolement en prévention et contrôle des infections (PCI) doivent être réservées aux patients qui reçoivent des traitements producteurs d’aérosols. Dans ces chambres d’isolement, l’air chargé d’humidité doit être dirigé hors de la pièce, loin du patient et du personnel soignant, en plus d’être purifié par des filtres HEPA pour en éliminer les particules présentes et renouvelé rapidement, à la fréquence de douze renouvellements d’air par heure.

2. Espaces pour les malades de la COVID-19 n’ayant pas besoin d’assistance respiratoire. L’air doit y être purifié par des filtres HEPA, maintenu en pression négative et renouvelé à une fréquence inférieure à douze renouvellements par heure.

Ces deux types d’espaces sont possiblement déjà disponibles dans un hôpital ou une unité de soins ambulatoires. Toutefois, ils pourraient nécessiter des modifications pour recevoir des patients infectés par le coronavirus et satisfaire aux exigences supplémentaires d’aménagement.

3. Espaces accueillants des patients non diagnostiqués et en observation, ou des patients en rétablissement. Dans ces espaces, l’air doit être purifié par des filtres HEPA, maintenu en pression négative et renouvelé à une fréquence inférieure à douze renouvellements par heure.

4. Espaces pour le tri des patients et les tests de COVID-19, à proximité de l’établissement de soins. Ces lieux n’ont pas à satisfaire à des exigences relativement à la filtration HEPA et au renouvellement d’air.

_q_Nous devons agir rapidement pour accroître la quantité d’espaces dédiés aux patients sur ventilateur pulmonaire.

Les chambres d’isolement en PCI (première catégorie d’espaces décrits ci-dessus) seront nécessaires pour traiter les patients plus gravement atteints par la COVID-19. Les établissements de soins ont besoin de lieux pour accueillir les 20 à 25% environ des malades de la COVID-19 qui nécessitent de l’assistance respiratoire. Parce que les ventilateurs pulmonaires produisent de l’air contaminé par l’aspiration de fluides, il faut les isoler des systèmes de traitement de l’air qui peuvent rapidement propager les contaminants dans l’air du bâtiment. Dans ces chambres d’isolement, l’humidité doit être évacuée dans l’air de la chambre, lui-même épuré par une filtration HEPA, renouvelé à un taux élevé et maintenu en pression négative.

Malheureusement, la plupart des hôpitaux n’ont pas assez de chambres d’isolement en PCI. Généralement aux États-Unis (selon les exigences réglementaires), environ 10 % des chambres répondent aux besoins d’isolement, soit moins de la moitié du nombre estimé de chambres nécessaires pour accueillir les malades de la COVID-19. En effet, un hôpital de 1000 lits compte environ 100 chambres d’isolement en PCI, mais il en aura possiblement besoin d’au moins 200 à 250 pour répondre à la demande prévue.

 

Autorisation des autorités réglementaires

En situation normale, les conversions exigent une autorisation des autorités réglementaires, par exemple (aux États-Unis) le département de santé publique et le Center for Medicare Services (CMS). Les autorités s’assurent de la conformité aux exigences des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) relativement à la conception des chambres d’isolement en PCI et des autres lieux de soins maintenus en pression négative.

Généralement, les autorités estiment que les besoins en espaces se justifient par la mission de soins cliniques. Bonne nouvelle : la plupart des autorités locales suspendent les exigences en matière de permis pour le réaménagement temporaire des lieux de soins en cette période de pandémie. Elles laissent les directions définir les aménagements à réaliser dans leurs établissements de santé pour protéger le personnel soignant et les patients.

 

Nous devons agir rapidement

Si les prévisions de notre groupe sont correctes, il y a beaucoup de salles d’opération aux États-Unis qui répondent aux exigences et qui pourraient être converties. Il est nécessaire d’agir rapidement pour augmenter le nombre de lits destinés aux malades de la COVID-19 qui nécessitent une assistance respiratoire. Heureusement, de telles conversions sont peu exigeantes en main-d’œuvre, se réalisent avec des matériaux et de l’équipement facilement accessibles, et augmenteraient rapidement le nombre de chambres d’isolement disponibles pour traiter les malades de la COVID-19. Nous devons rapidement et efficacement tirer profit des infrastructures et des espaces existants pour permettre au personnel soignant de se consacrer au traitement des malades en cette période de crise.

 

À propos de l’auteur :

  • Doug King est un leader de Stantec et spécialiste du domaine de la santé qui possède une vaste expérience dans la conception d’établissements de soins. Il a contribué à la réalisation d’une vaste gamme d’établissements, dont certains du groupe Northwestern Medicine, parmi les cinq plus importants centres d’enseignement, et de la Veterans Health Administration.
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