Hôpitaux et pandémie : adapter les bâtiments pour répondre aux situations catastrophiques

April 13, 2020

Par Tim Eastwood

Un architecte canadien spécialiste des hôpitaux traite des façons de modifier les bâtiments pour lutter contre une pandémie.

 

J’ai consacré une grande partie de ma carrière à la conception d’hôpitaux. Et ces jours-ci, avec la pandémie de COVID-19, les hôpitaux du monde entier sont sous les feux de la rampe, alors que les patients et le personnel hospitalier tentent d’éviter d’être contaminés. La COVID-19, qui a été hissée au rang de pandémie par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a propulsé à l’avant-scène la conception des hôpitaux et les pratiques de lutte contre les infections.

Mes collègues et moi nous penchons actuellement sur les pratiques exemplaires adoptées ailleurs dans le monde en cas de pandémie, par exemple celles mises en place à Singapour en 2003 après l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère). Les pratiques développées dans d’autres pays comme Singapour peuvent être adoptées — et certaines le sont déjà, dans les hôpitaux en Amérique du Nord et en Europe. Il ressort de nos recherches que nous devrions envisager plusieurs approches particulières à appliquer dès maintenant et à l’avenir, pour nous assurer que nos efforts de planification nous procureront la capacité de gérer la crise actuelle et celles à venir.

Au Canada, des progrès importants ont été réalisés au chapitre de la conception et de l’aménagement des hôpitaux depuis l’épidémie de SRAS à Toronto. Un élément clé de la préparation aux situations d’urgence est la capacité de réaménager ou de modifier une partie des installations en cas de situations catastrophes, comme une épidémie grave. Voici quatre suggestions de modifications qui peuvent être appliquées dès maintenant dans les hôpitaux pour lutter contre la pandémie.

 

Il est important que le personnel soignant puisse contrôler l’accès à tous les services de l’hôpital, et même restreindre l’accès à certaines zones en temps de crise.

 

1. Prévoir une entrée séparée au service des urgences pour les patients contagieux

Les patients ambulatoires qui entrent dans l’hôpital sans savoir s’ils sont infectés représentent un des plus grands risques de contamination en milieu hospitalier. Au point d’entrée, le personnel soignant doit pouvoir trier les patients.

Situation normale : Les patients se rendent au service des urgences en passant soit par l’entrée dédiée du service ou par l’entrée principale de l’hôpital. Si une personne présentant les symptômes de la COVID-19 entre par la porte principale et se promène dans l’hôpital, à la recherche d’information ou d’un café, elle risque de répandre le virus en toussant et en touchant des surfaces.

Situation de pandémie : Il convient d’isoler l’entrée du service des urgences du reste du bâtiment, de sorte que les personnes présentant des symptômes de la COVID-19 n’entrent pas par l’entrée principale. Il est préférable d’éviter que les patients qui se rendent à l’hôpital pour d’autres raisons (par exemple, fracture, problème de santé non lié à un agent infectieux transmissible) se trouvent dans le même lieu que les patients symptomatiques de la COVID-19. Le fait d’avoir une entrée distincte pour les patients contagieux, spécialement ceux fiévreux, permet au personnel soignant de trier les patients avant que ceux-ci n’entrent dans d’autres zones de l’hôpital. Les hôpitaux peuvent aussi ajouter une autre entrée au service des urgences dotées de chambres d’isolement à pression négative, où un patient non diagnostiqué possiblement infecté est gardé avant d’être transféré ailleurs dans l’hôpital. Cela permet au personnel de faire le diagnostic et ensuite, au besoin, de transférer le patient à une chambre d’isolement à pression négative.

 

2. Transformer le hall d’entrée — et d’autres lieux extérieurs — en zone de triage des patients

Les vastes espaces peuvent devenir précieux en temps de crise. Les grands halls sont souvent perçus comme un luxe, mais en temps de pandémie, ils peuvent être convertis en zone de triage. Les espaces extérieurs, comme les stationnements, peuvent aussi servir de zone de triage, mais en dernier recours.

Situation normale : Généralement, le hall d’un hôpital est le lieu d’accueil des visiteurs, où se trouve le comptoir d’information et des boutiques. Il ressemble à une place publique et peut aussi servir de lieu communautaire de rencontres et d’échanges.

Situation de pandémie : En transformant le hall en salle de triage, on évite que le service des urgences devienne surchargé et on réduit le stress sur le personnel. Le hall des hôpitaux récents est doté d’équipement électrique et de TI. Le stationnement de l’hôpital, ou potentiellement un parc de stationnement en élévation adjacent au bâtiment, peut constituer une autre option pour l’établissement d’un lieu de triage. Ainsi, le personnel soignant peut s’assurer que les patients sont dirigés au bon endroit et qu’ils n’augmentent pas le risque de contamination croisée. Idéalement, il est préférable de choisir un lieu intérieur, comme un hall : le personnel est protégé des intempéries, particulièrement rigoureuses l’hiver dans bon nombre de villes d’Amérique du Nord.

 

Le hall d’un hôpital peut servir de lieu de triage en période de pandémie.

 

3. Séparation contrôlée des patients, des visiteurs et du personnel, en fonction des maladies et du risque de contagion

Quand les mesures de triage aux entrées de l’hôpital sont en place, il est primordial de pouvoir gérer l’accès aux différents services et de maintenir le flux des patients nécessaires aux services qui ne sont pas sous les feux de la rampe, de façon à assurer la poursuite des activités dans l’hôpital.

Situation normale : Généralement, il est souhaitable d’offrir un accès public à la plupart des services.

Situation de pandémie : Il est important que les professionnels de la santé puissent gérer l’accès aux différents secteurs de l’hôpital. Les membres du personnel doivent avoir la capacité d’exclure les visiteurs et les autres patients de certains lieux particuliers. Si possible, l’accès public doit être limité. À l’heure actuelle, l’Agence de la santé publique du Canada a recommandé aux professionnels de la santé de limiter le nombre de visiteurs et de n’accepter que les proches (par exemple, un membre de la famille immédiate ou un parent, un tuteur ou un aidant), et de restreindre leur circulation dans l’hôpital en les obligeant à se rendre directement au chevet du patient.

 

Piste de réflexion : est-ce que les chambres des patients peuvent être converties en chambre d’isolement?

 

4. Avoir la capacité de convertir les espaces existants d’un hôpital — durant une pandémie — en salles de traitement

Le personnel soignant sait que les unités de soins et les chambres sont conçues pour lutter contre les infections et prévenir leur propagation. Mais en cas de pandémie, des modifications peuvent s’avérer nécessaires.

Situation normale : Le personnel dispose de chambres d’isolement respiratoire, qui sont munies d’un sas et maintenues en pression négative pour éviter la dispersion de l’agent infectieux dans l’hôpital. Et même dans les chambres régulières, les systèmes techniques de soutien doivent être conçus de manière à maintenir une pression négative par rapport au corridor adjacent. Une telle mesure soutient la lutte aux infections en évitant que les agents infectieux d’un patient ne se répandent dans le reste de l’unité de soins.

Situation de pandémie : Si une partie seulement des chambres d’une unité de soins sont des chambres d’isolement respiratoire, le personnel devrait avoir la possibilité de convertir des chambres régulières — ou même l’unité au complet — en une zone d’isolement. Le Ministère de la Santé de l’Ontario recommande l’utilisation de chambres d’isolement respiratoire, dont la pression négative est vérifiée quotidiennement, mais reconnaît qu’une chambre individuelle dont la porte est fermée peut servir au besoin. L’Agence de la santé publique du Canada recommande que les patients présentant des symptômes de la COVID-19 soient traités dans une chambre individuelle équipée d’une toilette et d’un lavabo à usage individuel. De plus, elle recommande qu’une affiche informant des mesures de lutte contre l’infection soit placée à l’entrée de la chambre.

_q_En situation de pandémie, il est important que les professionnels de la santé puissent gérer l’accès aux différents secteurs de l’hôpital, et même en restreindre l’accès public.

 

Capacité d’adaptation

Mon équipe et moi tentons de concevoir des établissements de soins adaptables. Dans une crise comme celle que nous vivons, il est important que le personnel de l’hôpital puisse modifier certains aspects du bâtiment pour pouvoir réagir rapidement à la situation. Résilience est le mot-clé — les hôpitaux doivent être des milieux résilients, où il est possible d’apporter des modifications aux installations afin de répondre aux situations qui se présentent.

Les hôpitaux doivent pouvoir offrir des services en tout temps dans les collectivités, que la situation soit normale ou qu’une épidémie fasse rage. Ils doivent poursuivre de multiples activités et être en mesure de réagir face à une variété de situations.

La façon dont les établissements de soins au Canada gèrent actuellement la pandémie de COVID-19 m’impressionne. Je suis curieux de voir comment les équipes soignantes de partout dans le monde partagent leurs pratiques exemplaires relativement à la préparation aux situations d’urgence alors que nous luttons contre cette pandémie et que nous apprenons de l’expérience des autres.

 

À propos de l’auteur

  • Tim Eastwood est un directeur et spécialiste en planification, en conception et en aménagement d’établissements de soins de santé qui possède de plus de 25 ans d’expérience. Il a joué un rôle clé dans de nombreux projets structurants en Ontario.
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