Déployer un projet pilote de navette automatisée en 3 étapes

L’arrivée des navettes automatisées joue un rôle clé dans la transformation des transports et constitue un vecteur de changement important dans l’amélioration de la mobilité des citoyens. Les navettes peuvent être utilisées sur des circuits de rabattement vers des pôles de transfert modal et ainsi éviter la prolifération des stationnements incitatifs et l’utilisation de la voiture solo. Voici tout ce qu’il faut savoir pour mettre en œuvre un projet de navette automatisée.

Par Martin Thibault et Martin Chevrier

 

 

Qu’est-ce qu’une navette automatisée?

D’abord, qu’est-ce qu’une navette automatisée? Il s’agit d’un véhicule automobile doté de fonctions de conduite automatisée qui permettent au véhicule de se déplacer sans intervention humaine. Les navettes peuvent généralement transporter une douzaine de passagers. Elles se déplacent le long d’un trajet prédéterminé qui a été cartographié avec des technologies géospatiales d’une grande précision, ce qui permet de créer une base de données cartographiques en 3D du trajet. Une fois cette étape complétée, la navette peut circuler le long du trajet en se fiant à de nombreux capteurs et équipements de positionnement (lidar, GPS, caméras et autres détecteurs) qui agissent comme des organes sensoriels. Les navettes comprennent également des équipements permettant la communication avec les autres véhicules, de même qu’avec d’autres infrastructures dotées d’équipements appropriés. L’ensemble des données recueillies par les capteurs, traitées en temps réel par de puissantes applications, sera comparé avec la cartographie en 3D du trajet. Ces applications, utilisant des concepts d’intelligence artificielle, vont permettre d’identifier toute différence saisie par les capteurs et la cartographie initiale. Dès qu’une différence est identifiée, celle-ci sera traitée par d’autres applications et la navette réagira de la même manière que le ferait un humain. Les navettes automatisées sont donc très sensibles à tout changement survenant dans leur environnement. Le développement des applications liées à la prise de décision du véhicule est actuellement l’un des sujets de recherche les plus actifs entourant les navettes automatisées.

 

A quoi servent-elles?

En plus de propulser l’expérience de transport collectif, la navette automatisée peut améliorer la mobilité des citoyens ainsi que la fluidité des déplacements dans de nombreux contextes. En effet, il ne suffit que d’avoir un générateur de déplacements important qui se trouve à proximité d’un secteur à forte densité de population. Prenons l’exemple d’un centre commercial ou d’une épicerie qui seraient situés tout près d’une résidence pour personnes retraitées. La navette pourrait devenir le mode de transport privilégié pour les résidents désirant se déplacer vers ce pôle commercial, en évitant l’utilisation de la voiture. Le tourisme est également un secteur où l’implantation du transport automatisé serait fort intéressante. Par exemple, si un stationnement et l’attraction touristique qu’il dessert sont à une grande distance de marche, l’utilisation de la navette augmenterait l’accessibilité et éviterait que des visiteurs ne puissent se rendre sur les lieux par manque de mobilité.

 

Et qu’en est-il du cadre légal?

Jusqu’à tout récemment, le contexte légal ne permettait pas de tester des véhicules automatisés sur les routes du Québec. La législation entourant les véhicules autonomes ou automatisés est fort complexe et deux principaux enjeux sous-tendent la question.

 

Tout d’abord, il y a la nécessité de disposer d’un permis de conduire. En effet, au Québec, pour conduire un véhicule motorisé qui circule sur la route, il faut disposer d’un permis de conduire. Traditionnellement, le Code de la sécurité routière ne reconnaissait pas l’automatisation des véhicules. Depuis la mise à jour du Code en avril 2018, l’utilisation de véhicules comportant un certain niveau d’automatisation est permise, ce qui représente le niveau 3 dans l’échelle de SAE International. Ce niveau octroie donc la permission à un conducteur de déléguer complètement les fonctions de conduite à la machine dans un contexte très particulier (par exemple un contrôle de vitesse dynamique avec détection de lignes sur les autoroutes). Le conducteur demeure toutefois responsable et doit, à tout moment, être prêt à reprendre le contrôle du véhicule. Lors de la récente mise à jour du Code, il a aussi été inséré la possibilité d’obtenir des autorisations du ministère des Transports du Québec (MTQ) et de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) pour réaliser des projets pilotes avec des véhicules ayant un niveau d’automatisation de 4 ou 5, ce qui est le cas des navettes automatisées. Le deuxième enjeu repose sur le fait que l’opérateur d’une navette automatisée doit obtenir une assurance responsabilité qui répond aux exigences de la SAAQ avant d’opérer. Les modifications au Code rendent donc possible la réalisation de projets pilotes, mais ceux-ci doivent se faire en collaboration avec les agences gouvernementales.

 

 

Les 3 étapes pour implanter un projet pilote

Maintenant que l’idée d’implanter un projet pilote de navette automatisée a germé, il faut planifier le tout afin que ce projet se déroule harmonieusement. Ce type de projet n’est pas commun et un processus rigoureux doit être suivi, une étape à la fois, afin de ne rien oublier et que chaque décision soit prise au bon moment.

 

Étape 1 : Étude de faisabilité

À cette étape, les questions à se poser sont nombreuses. Pour bien y répondre, il faut recueillir de multiples données, fort précieuses. Essentiellement, il s’agit de répertorier quelques tracés dans le secteur de l’étude et d’y faire l’inventaire de tous les éléments présents, comme le nombre d’intersections, leur mode de contrôle (feux, panneaux d’arrêt), le marquage, les trottoirs, les pistes cyclables, les types de bâtiment et leur usage, la présence de stationnements, etc.  Ces éléments ont un impact direct sur la conception du projet. De plus, à cette étape, une analyse SWOT (forces, faiblesses, opportunités et menaces) permettra d’identifier les risques et la méthode d’atténuation pour chacun de ces risques. Les cadres légaux et réglementaires doivent être également bien définis. L’élaboration d’un concept d’opération sur le tracé choisi permettra de définir les besoins en infrastructures et en équipements. Par exemple, un abaissement de trottoir pourrait être requis sur le tracé et l’installation de marquage distinctif serait souhaitable, tout comme l’ajout d’équipements de communication dans les contrôleurs des feux de signalisation. Les coûts estimatifs préliminaires peuvent alors être connus. Cette étape peut se réaliser dans un délai de deux à quatre mois.

 

Étape 2 : Communication, conception et permis

Une fois le projet relativement bien défini, il s’agit d’intégrer au processus les autres parties prenantes afin que le projet prenne en compte leurs différents besoins et obtienne les approbations réglementaires requises notamment par le comité mixte MTQ-SAAQ, tel que mentionné ci-dessus. Les principales activités sont donc la communication, la conception détaillée et l’approvisionnement. L’un des enjeux majeurs pour que les citoyens adoptent ce mode de transport est leur niveau de connaissance et de confiance envers le projet. Des campagnes d’information, incluant des représentations publiques, s’avèrent essentielles pour assurer le succès du projet. Afin d’éviter une mauvaise compréhension des comportements de la navette, il est également crucial de fournir de l’information aux usagers de la route circulant dans le secteur où la navette sera en service.

 

La conception détaillée doit comprendre, quant à elle, les infrastructures civiles, électriques, de communication et de contrôle, ainsi que la planification des transports, l’étude de la circulation, l’étude des stationnements et l’urbanisme. S’il y a lieu, les éléments d’architecture et d’aménagement paysager doivent aussi être détaillés à cette étape.

 

L’approvisionnement peut alors débuter avec, en tout premier lieu, la navette elle-même. Actuellement, au Québec, deux modèles de navettes sont disponibles auprès de deux opérateurs de flotte d’autobus. Un devis doit être élaboré et comprendre plusieurs critères de performance.

 

Une fois que la conception détaillée est terminée, le dossier d’approbation conforme à l’arrêté ministériel peut être déposé auprès du comité conjoint MTQ-SAAQ afin d’obtenir l’autorisation du ministre pour mettre la navette en service. L’échéancier pour compléter cette étape peut grandement varier selon la complexité du projet et les délais d’approbation de l’ensemble des intervenants. Il serait sage de prévoir entre six mois et un an.

 

Étape 3 : Construction, mise en service et suivi

Avec les autorisations en main, la dernière étape consiste à mettre en œuvre la construction puis à aller de l’avant avec la mise en service. La méthode de collecte de données et l’analyse de celles-ci doivent également être mises en place conformément aux exigences de l’arrêté ministériel. En début d’opération, il est recommandé que la navette circule sans passagers durant une certaine période afin de s’assurer que la planification se concrétise sur la route en présence des autres usagers et de l’environnement. La sécurité de tous est l’élément crucial dans ce type de projet pilote. L’étape 3 peut prendre de 12 à 18 mois et varier selon la saison à laquelle l’étape 2 a été complétée.

 

 

Passer de l’idée à la réalisation

La mise en place d’un tel projet pilote est maintenant à la portée de toute ville, transporteur ou autre organisation (université, centre commercial, administration aéroportuaire et gestionnaire de grands stationnements) soucieux d’améliorer la mobilité de ses usagers et de jouer un rôle clé en matière d’innovation et de développement durable. Bien que l’échéancier global de mise en œuvre puisse s’adapter en fonction des projets pilotes et de l’environnement de ceux-ci, les développements technologies permettent désormais la propulsion de ces projets, tout en continuant de se pencher sur la sécurité et la fiabilité. La question n’est pas de savoir si oui ou non ces véhicules feront partie de notre quotidien, mais plutôt quand seront-ils un mode de transport privilégié?

 

À propos des auteurs

  • Martin Thibault est responsable de près de 400 professionnels et ingénieurs spécialisés en transport. À la tête de l’un des plus importants groupes dans ce domaine en Amérique du Nord, il a mené à terme une série de mandats de grande envergure.
  • Martin  Chevrier, spécialiste et créateur de solutions de systèmes d’information, met son expertise au service des propriétaires d’infrastructures privées, municipales, régionales et nationales, afin de les appuyer dans la gestion de leurs actifs en matière de réseaux routiers, d’aqueduc et d’égout, de transport en commun, ou encore de mobilier urbain et de flottes véhiculaires.
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