Survivre au séisme en Haïti : comment cela a changé ma vie

Par Marc Perreault

Pendant 18 heures, j’ai été enseveli sous les décombres de l’hôtel Montana à Port-au-Prince après qu’un tremblement de terre de magnitude 7,3 ait secoué Haïti.

Alors que nous soulignons le 10e anniversaire de cet événement dévastateur, je pense à comment cette épreuve a changé ma façon de voir la vie. Le 12 janvier 2010, je me suis envolé vers Haïti pour une mission d’affaires dans le cadre d’un projet d’ingénierie. Après une brève rencontre avec un partenaire, je suis allé dans ma chambre d’hôtel pour me détendre quelques minutes avant de poursuivre ma journée.

Je me suis réveillé enseveli sous trois étages de béton dans une obscurité oppressante, à quelques centimètres d’une dalle prête à me tomber sur la tête. Coincé et accablé de douleur, je pensais à mes enfants, à ma famille, à mes amis et à ma carrière. Et, aussi surprenant que cela puisse paraître, j’ai également pensé à ma cave à vin, où dormaient de coûteuses bouteilles.

 

 

_q_Chaque jour, chacun de nous doit faire face à des problématiques et il est essentiel de faire preuve d’une attitude positive.

La puissance de la pensée positive

Les hurlements des autres personnes ensevelies disparaissaient tranquillement, un à un. J’étais certain que j’allais mourir.

Dans l’épreuve, je suis malgré tout demeuré positif et reconnaissant d’avoir eu une vie bien remplie et heureuse. Le bourdonnement des moustiques autour de moi m’aidait à garder espoir, car cela signifiait qu’il y avait encore assez d’air pour respirer. J’ai continué d’appeler les secours et de croire en mes chances d’être sauvé. Puis, le miracle s’est produit, 18 heures plus tard!

Les secouristes m’ont retrouvé et m’ont libéré. Je me sentais vraiment chanceux d’être encore en vie. J’ai été transporté sur le tarmac de l’aéroport pour y recevoir des traitements médicaux d’urgence, mais un médecin a refusé de me traiter, jugeant mes blessures trop importantes et mes chances de survie trop faibles.

Or, contre toute attente, un visage familier m’a découvert au milieu du chaos. Une policière de Montréal que je connaissais m’a reconnu. Grâce à elle, j’ai été ramené à Montréal où j’ai été soigné pendant un mois et demi à l’hôpital du Sacré-Cœur. Cette policière, une connaissance, était en mission de paix à Port-au-Prince au moment du séisme. Par chance, elle savait que j’étais en Haïti moi aussi.

 

 

Rester optimiste et vivre pleinement le moment présent

J’ai dû recevoir des soins en réadaptation pendant plusieurs années afin de retrouver le plein usage de mes jambes, écrasées par les décombres de l’hôtel Montana. Depuis, j’ai passé beaucoup de temps à réfléchir à cette épreuve, à mon avenir et à mes valeurs personnelles.

Cet événement m’a véritablement changé, tant sur les plans personnel que professionnel. Aujourd’hui, c’est important pour moi de voir les bons côtés de la vie. Et, croyez-moi, c’est plus facile que l’on pense. Chaque matin, je me lève heureux et optimiste.

Ayant joint Stantec en 2018, j’essaie d’insuffler beaucoup de dynamisme à mon équipe. Cette attitude favorise bien sûr une atmosphère de travail conviviale et agréable, mais elle fait aussi de moi un meilleur leader.

En étant à la tête d’une équipe diversifiée de plus de 800 personnes, mon rôle est de placer les gens au bon endroit et de contribuer à valoriser leur savoir-faire. Prendre le temps d’écouter les membres de mon équipe et les guider dans le but de trouver ensemble des solutions, c’est la partie de mon travail que j’aime le plus.

Une fois rétabli de mes blessures, j’ai réalisé à quel point j’étais chanceux d’être en vie et de pouvoir partager des moments précieux avec mes enfants, mes amis et mes proches. Et, en 2011, j’ai vidé ma cave à vin! Aujourd’hui, je n’accumule plus les bonnes bouteilles afin de les déguster plus tard, mais je les partage avec les gens qui me sont chers. J’ai choisi de vivre pleinement chaque jour et de savourer chaque moment de mon existence.

 

Une équipe inspirée et motivée

Bien que certains puissent être inspirés par mon histoire, je souhaite accomplir encore beaucoup d’autres choses aujourd’hui. En tant que leader chez Stantec, je tiens à motiver les membres de mon équipe et à leur donner les moyens de se réaliser au mieux de leurs capacités.

Chaque jour, chacun de nous doit faire face à des problèmes et il est essentiel de faire preuve d’une attitude positive. En tant que gestionnaires, nous devons être à l’écoute de nos équipes et être une source d’inspiration pour les autres. Et quand nous demeurons optimistes, des liens précieux et durables se tissent autour de nous.

À la suite de cette épreuve, j’ai écrit un livre, Récit d’un survivant du séisme en Haïti, et donné des conférences relatant mon expérience. Une partie des fonds récoltés ont par ailleurs servi à la construction d’un orphelinat en Haïti, qui héberge aujourd’hui plus de 60 enfants. Vivre ce genre d’événement est quelque chose d’unique que je tenais à partager. Mais c’était aussi une façon pour moi d’aider humblement la population haïtienne, fragilisée par cet événement.

 

À propos de l'auteur

Marc Perreault contribue au positionnement stratégique de l’équipe Bâtiments, assure la gestion des opérations et veille à la croissance de la ligne d’affaires de l’Ontario aux Maritimes. Comptant plus de 26 ans d’expérience en ingénierie, Marc est un gestionnaire chevronné qui se démarque par son dynamisme, sa vision et son leadership. En plus d’avoir fondé sa propre entreprise, il a occupé plusieurs postes de direction dans le génie-conseil. Comme directeur de projet, il possède un parcours diversifié en conception et en développement de bâtiment, ainsi qu’en aménagements industriels et de services. Il a participé à une variété de mandats d’envergure au Québec, en plus de réaliser des projets aux États-Unis et sur la scène internationale.

 

 

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